Science prédatrice ou science créatrice

𝐋𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐢𝐭 𝐨𝐮 𝐥’𝐞́𝐭𝐡𝐢𝐪𝐮𝐞 ?
𝐆𝐫𝐨𝐭𝐡𝐞𝐧𝐝𝐢𝐞𝐜𝐤 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐩𝐨𝐢𝐬𝐨𝐧 𝐚𝐮 𝐝𝐞́𝐥𝐢𝐫𝐞 𝐦𝐨𝐫𝐭𝐢𝐟𝐞̀𝐫𝐞 𝐝𝐞𝐬  𝐭𝐞𝐜𝐡𝐧𝐨-𝐨𝐥𝐢𝐠𝐚𝐫𝐪𝐮𝐞𝐬

Notre époque est marquée par l’émergence d’empires technologiques dirigés par des figures de la prédation revendiquée.

Elon Musk, dont les projets – de Tesla à SpaceX, de Neuralink à X – incarnent une vision où la science n’a plus d’autre objectif que d’asservir le monde pour satisfaire l’hubris et l’avidité de quelques uns, en est la figure la plus monstrueuse.

Ce projet d’asservissement sans foi ni loi de la nature contraste radicalement avec le rapport respectueux, poétique, éthique  d’Alexandre Grothendieck,  ce mathématicien de génie qui révolutionna sa discipline avant de l’abandonner, refusant que ses travaux servent ce qu’il considérait justement comme la destruction programmée de notre monde.

D’un côté, une techno-élite proposant une humanité « améliorée » , où la connaissance devient outil de pouvoir et d’accumulation,  de  l’autre la figure de  Grothendieck, qui après avoir renouvelé  la manière même de concevoir et de faire des mathématiques, s’opposa fermement à l’utilisation  de la science comme outil d’oppression  et de destruction.

Sa démission de l’Institut des Hautes Études Scientifiques en 1970, suite à la découverte de son financement militaire, représente un acte de courage intellectuel et moral peu commun dans notre monde travaillé par la cupidité et le narcissisme

Pour Grothendieck, les mathématiques n’étaient pas instrument de maîtrise mais contemplation des harmonies du monde : « le murmure de Dieu ».

Dans une société où la technologie menace de devenir le seul rapport à un monde exploitable à merci, son parcours nous offre un contre-modèle puissant : celui d’une science  respectueuse, au service de l’humain, un rapport « poétique » au monde, plutôt que de son asservissement.

Alors que notre horizon semble asservi par le délire et l’avidité de quelques  milliardaires, la voix de Grothendieck résonne comme un avertissement intemporel : toute science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Son intransigeance éthique et sa cohérence entre principes et actes nous offrent une boussole précieuse dans ce monde où la technologie aveugle semble dicter notre avenir collectif.

J’ai repris ce texte que j’ai écrit voilà déjà quelques année dans l’espoir de réintroduire un peu de distance par rapport à notre trajectoire suicidaire.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.