Questionner les pratiques d'accompagnement dans toutes leurs dimensions: anthropologiques, philosophiques, épistémologiques, idéologiques…et humoristiques
Lorsque Grothendieck décide en 1970 de quitter l’IHÉS, il prend prétexte d’un financement de l’institut par le ministère de la Défense qui heurte son pacifisme intransigeant. Après un passage à l’université de Montpellier, il quitte définitivement le monde académique pour, après quelques errements, finir sa vie en ermite dans un petit village de l’Ariège. Mais il y a sans doute une raison plus profonde : la crise de l’IHÉS lui a montré clairement que son travail mathématique en collaboration avec d’autres relevait d’une complicité superficielle, un plaisir qui masque de profondes divergences de valeurs jamais travaillées. Cette complicité-là s’appuie sur un déni, celui d’avoir à travailler ses propres failles. Cela implique, pour ne pas se payer d’illusion, une confrontation à l’Autre. Que ce soit chez Levinas ou dans la conception de l’Aïda de Kimura Bin (qui s’ancre dans la pensée de Nishida issue du zen), le travail d’éveil à soi impose une double tension : tension interne dans sa propre existence et tension à l’autre et au milieu comme appel au dépassement. Cet article essaie de déployer cela pour rendre à Bouddha sa dimension subversive.