Questionner les pratiques d'accompagnement dans toutes leurs dimensions: anthropologiques, philosophiques, épistémologiques, idéologiques…et humoristiques
De Bourbacki à « survivre et vivre »
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Les Retailleau, les Ferry pointent dans Mai 68 la cause d’une dégénérescence d’une pensée de l’ordre (sic). En mai 68, je terminais mon année de mathsup, d’hypotaupe comme on disait, la bien nommée, tant le tunnel et l’aveuglement constituaient les deux conditions pour accéder aux « grandes » écoles. Évidemment, le choc de 68 avec ses forums permanents mais aussi ses confrontations interdisciplinaires, entre Lapassade, Duvignaud, Lyotard, Deleuze, Lacan, les situs m’aura plongé dans l’ivresse d’un bain interculturel d’une richesse non seulement impossible mais insoupçonnable aujourd’hui. J’ai couru les AG, les communautés, les manifestations… j’ai multiplié les aventures et les expériences artistiques, amoureuses, itinérantes. Et puis en 1970 j’ai rejoint le département mathématiques de l’université de Vincennes, son effervescence pour le pire et le meilleur, souvent le meilleur. Dans quelle université aurais-je pu découvrir les débats entre Chevalley et Lyotard sur la nature des mathématiques, découvrir la logique et le vertige de Gödel à travers la littérature de Borges grâce à mon ami Marcel Maarek, partir en stage une journée par semaine à l’hôpital psychiatrique de Ville-Évrard, dans le service du Dr Rollens où se tenait un séminaire ouvert permanent, où dans le creuset de la psychiatrie institutionnelle se questionnait mutuellement la philosophie, Maldiney, la psychanalyse, Serge Leclaire, la sociologie, l’art et la littérature. On croisait Yves Buin, alors interne, qui devait devenir le biographe de Céline et de Paul Nizan. La psychiatrie institutionnelle ne m’a jamais plus quitté comme aventure humaine et surtout comme matrice de compréhension et de transformation des institutions et qui finalement m’aura conduit à intégrer aujourd’hui le comité d’éthique de ce grand hôpital psychiatrique de Montfavet. « 𝐉’𝐚𝐯𝐚𝐢𝐬 𝐯𝐢𝐧𝐠𝐭 𝐚𝐧𝐬 𝐞𝐭 𝐧𝐞 𝐥𝐚𝐢𝐬𝐬𝐞𝐫𝐚𝐢 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐝𝐢𝐫𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐞 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐛𝐞𝐥 𝐚̂𝐠𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐯𝐢𝐞 » C’est auprès de Chevalley, entre deux cours de topologie ou de théorie des nombres, que j’entendis parler de Grothendieck. C’est encore auprès de lui que je découvris le mouvement « Survivre et vivre », cette expérience autogestionnaire d’une revue d’écologie politique radicale… Chaque jour apportait son lot de découvertes, de subversion, de confrontation des savoirs…et souvent d’ivresses Un savoir vivant, c’est sans doute cela qui fait encore peur à nos « philosophes » du ressentiment…