« Quelle différence y a-t-il entre un polytechnicien et un énarque ? » demandait souvent le regretté Albert Jacquart : Un polytechnicien connait tout sur presque rien, un enarque ne connait rien sur presque tout…
J’ai longtemps classé les économistes du coté des polytechniciens : tout sur presque rien. A partir d’hypothèses dérisoires, d’une pauvreté affligeante, l’homo economicus, ils déroulent des théories mathématiques les plus sophistiquées.
Et puis, j’ai commencé à lire le dernier livre de Daniel Cohen à commencer par la belle préface d’Esther Duflo dont je propose un extrait ci-dessous…
L’hubris de la croissance modèle nos regards sur le monde. Ce qu’Heidegger appelle l’arraisonnement: nous n’avons plus qu’une seule paire de lunette, celle de la technique pour regarder un seul monde, celui d’une accumulation de ressources à disposition de l’avidité sans limite des acteurs économiques.
Tout est bon pour ne pas prendre à bras le corps la dimension de la catastrophe annoncée: c’est pas nous, c’est les autres, moi je, moi je, moi je.
Alors, il est réconfortant de voir un grand économiste rappeler que l’économie est une science « humaine » et qu’elle doit prendre en compte les enjeux humains. C’est à dire une manière « amicale », une vision partagée de notre maniére d’être au monde!
Esther Duflo, dans sa préface, et Daniel Cohen nous rappellent qu’il n’est sans doute pas possible de trouver LA solution aux questions majeures qui menacent sévérement notre planéte et qu’il s’agit d’abord de changer notre regard sur le monde pour comprendre autrement, pour agir autrement, pour le sentir autrement que comme un paquet de dollars, ou le jeu, comme dans la cour de récré de savoir qui a la plus grosse.
Et cela commence, ici et maintenant, par ces petits pas qui nous rendent plus attentifs, plus responsables, plus engagés : seule l’épreuve enseigne.
Sortir de ce système fou fondé sur l’avidité dont Mélanie Klein nous a pourtant montrée qu’elle est le moteur infantile de la haine et la matrice des violences, qui guide nos actions.
Car oui, cette volonté d’asservir est essentiellement la marque d’une identité fragile incapable de s’assumer comme existant sans piller, sans humilier, sans s’exhiber…
Ce petit livre profond est un appel à la conversion….
Qui sait peut-être qu’un jour les « puissants » trouveront leur chemin de Damas et chuterons de l’âne sur lequel ils sont assis en toute inconscience pour enfin s’apercevoir qu’ils sont aussi nus que les autres.
Espérons qu’il ne sera pas trop tard et que nous saurons éviter , non pas la fin du monde qui, lui, nous survivra, mais la fin d’un monde humanisé….Que le délire de quelques-uns ne deviendra pas le tombeau robotisé de tous les autres.
En tout cas ce petit livre est précieux…