𝐋’𝐢𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐃𝐢𝐞𝐮 𝐨𝐮 𝐥𝐚 𝐩𝐞𝐫𝐯𝐞𝐫𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐩𝐢𝐫𝐢𝐭𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐜𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐨𝐩𝐩𝐫𝐞𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧.
Les populismes progressent à travers l’Occident, nous assistons à un phénomène inquiétant : la résurgence et la réhabilitation progressive de penseurs sulfureux comme Julius Evola, théoricien d’une « Tradition » mystique qui sacralise la guerre et la domination. Cette tendance n’est pas anodine. Elle témoigne d’une quête désespérée de transcendance, symptome d’une maladie mortelle, qui, faute de trouver des voies spirituelles authentiques, s’égare dans l’exaltation de la violence et la glorification de mythologies guerrières.
Mais elle sert aussi d’alibi aux exaltations grotesques d’un Trump qui truste les votes des évangéliques. Le danger est réel.
Les idéologies populistes contemporaines, en se nourrissant de ces mystiques dévoyées, cultivent un terreau propice aux passions les plus malsaines : culte de la force brute, mépris de la vulnérabilité, exaltation d’un héroïsme martial fantasmé, et ultimement, légitimation de la violence comme voie d’accomplissement.
Ces courants puisent dans la pensée de certains « traditionalistes » comme Julius Evola, une prétendue justification métaphysique à la haine de l’autre et au fantasme d’une « guerre sainte » purificatrice.
Face à cette dérive, il devient urgent de revenir à des formes spirituelles authentiques, capables de répondre à la soif légitime de sens et de transcendance sans tomber dans le piège des mystiques guerrières.
Toute voie spirituelle est profondément attente, ouverture, disponibilité: le contraire de l’affirmation du moi, de la volonté impérialiste, de la certitude militante. Le chemin se fait en marchant.
C’est ici que le concept de kénose – ce dépouillement volontaire, cet effacement créateur – prend toute sa pertinence politique et sociale.
À travers ce parcours, se dessine une spiritualité du dépouillement qui s’oppose radicalement aux exaltations guerrières d’un Evola et de ses avatars contemporains.
« 𝐒’𝐚𝐟𝐟𝐢𝐫𝐦𝐞𝐫, 𝐜𝐞 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐧𝐞́𝐜𝐞𝐬𝐬𝐚𝐢𝐫𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐦𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐝𝐞 « 𝐉𝐞 » 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐞, 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢 𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞𝐫 𝐚̀ 𝐧𝐞 𝐦𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐥𝐚̀ 𝐨𝐮̀ 𝐢𝐥 𝐲 𝐚 « 𝐉𝐞 » ». M.Blanchot
Cette conception paradoxale de l’affirmation par l’effacement est une retour vers la vacuité primordiale, le respect du mystère absolu. Elle offre peut-être l’antidote le plus puissant aux mystiques de la domination qui gagnent aujourd’hui du terrain.
Il ne s’agit pas ici de simple théorie abstraite, mais d’un enjeu politique concret : opposer à la tentation populiste de la force brutale une autre conception de la grandeur, fondée non sur l’écrasement de l’autre mais sur la capacité à s’effacer pour lui faire place, non sur l’affirmation conquérante mais sur le service humble, non sur la guerre mais sur la paix qui naît du renoncement à toute volonté de puissance.