Quand la spiritualité devient fuite: anatomie d’une illusion

𝐀𝐩𝐫𝐞̀𝐬 𝟏𝟓 𝐚𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐩𝐫𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐮 𝐳𝐞𝐧 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐝𝐨𝐣𝐨, 𝐣’𝐚𝐢 𝐟𝐢𝐧𝐢 𝐩𝐚𝐫 𝐦𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐪𝐮𝐞𝐬𝐭𝐢𝐨𝐧 : « 𝐐𝐮’𝐞𝐬𝐭-𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐣𝐞 𝐟𝐨𝐮𝐬 𝐥𝐚̀ ? »

C’est que j’ai vu passer des pratiquants qui abandonnaient sans que l’on s’intéresse vraiment à leurs motivations : pourquoi sont-ils venus ? Pourquoi sont-ils partis ? Qu’y a-t-il à comprendre pour le groupe, toujours réduit à un noyau transi dans sa recherche du Bouddha intérieur, en contradiction même avec le Kalama Sutta ?

Plus grave encore : lorsqu’une des anciennes pratiquantes eut un cancer, il n’y eut personne pour maintenir un lien, à part moi, timidement, par quelques coups de téléphone.

J’avais proposé de nous interroger très concrètement sur nos fonctionnements dans un groupe de régulation. Mais il faut croire que les bénéfices secondaires de ne pas avoir à se questionner, avec l’absolution du Godo, sont puissants… Et pourtant, la vie institutionnelle de l’association est largement marquée du sceau du ressentiment.

Ces dénis successifs, jamais élaborés, jamais questionnés, dessinent en creux une pathologie collective : l’incapacité à accueillir ce qui dérange, à entendre ce qui critique, à se remettre en cause.

Pourtant, le Kalama Sutta est clair : le Bouddha nous demande de vérifier par nous-même, de refuser l’autorité aveugle, de garder notre esprit critique.

𝐉’𝐚𝐢 𝐞𝐱𝐩𝐥𝐨𝐫𝐞́ 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐪𝐮𝐞𝐬𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐜𝐞𝐭 𝐚𝐫𝐭𝐢𝐜𝐥𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐫𝐨𝐠𝐞 𝐥𝐚 𝐬𝐨𝐢𝐟 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐦𝐩𝐨𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐩𝐢𝐫𝐢𝐭𝐮𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐞𝐭 𝐬𝐚 𝐟𝐨𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐞́𝐯𝐢𝐭𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐪𝐮𝐚𝐧𝐝 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐪𝐮𝐞𝐬𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞́𝐞.

𝐃𝐞́𝐜𝐨𝐢̈𝐧𝐜𝐢𝐝𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐨𝐛𝐥𝐢𝐠𝐞, 𝐞𝐧 𝐝𝐢𝐚𝐥𝐨𝐠𝐮𝐞 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐥𝐚 𝐩𝐞𝐧𝐬𝐞́𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐦𝐩𝐨𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞 : 𝐋𝐞𝐯𝐢𝐧𝐚𝐬, 𝐌𝐚𝐫𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐌𝐚𝐥𝐝𝐢𝐧𝐞𝐲, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐨𝐮𝐛𝐥𝐢𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐁𝐨𝐮𝐝𝐝𝐡𝐚 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐬𝐚 𝐩𝐚𝐫𝐨𝐥𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐨𝐫𝐢𝐠𝐢𝐧𝐞𝐬.

La vraie question : que se joue-t-il pour une spiritualité qui ne s’interroge plus, confite dans son mantra non élaboré « les mots sont des obstacles », n’écoute plus ceux qui la quittent, n’interroge plus le monde ?
𝐂’𝐞𝐬𝐭 𝐨𝐮𝐛𝐥𝐢𝐞𝐫 𝐪𝐮𝐞 𝐥’𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐚̀ 𝐬𝐨𝐢 𝐞𝐬𝐭 𝐢𝐧𝐝𝐢𝐬𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐚̀ 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞.

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