Quel christ pour quelle église: l’enjeu politique du fait religieux

𝐐𝐮𝐚𝐧𝐝 𝐌𝐚𝐦𝐦𝐨𝐧 𝐫𝐚𝐜𝐡𝐞̀𝐭𝐞 𝐥𝐞 𝐂𝐡𝐫𝐢𝐬𝐭 𝐚𝐮𝐱 𝐞𝐧𝐜𝐡𝐞̀𝐫𝐞𝐬 : 𝐩𝐞𝐭𝐢𝐭𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐢𝐦𝐩𝐨𝐬𝐭𝐮𝐫𝐞

Charles Maurras, athée notoire, faisait l’éloge du catholicisme. Pas par foi, mais par cynisme : une institution si parfaite pour maintenir l’ordre social méritait d’être défendue, même sans y croire.

Un siècle plus tard, ses héritiers ont trouvé leurs nouveaux temples : les plateaux de CNews, les colonnes de Valeurs Actuelles, les salons feutrés où l’on parle « identité chrétienne » entre deux optimisations fiscales.

Cette Église-là ne parle jamais des pauvres. Elle parle de « racines », de « civilisation », de « grand remplacement ». Elle mobilise contre le mariage homosexuel mais reste silencieuse sur l’évasion fiscale. Elle s’indigne d’une crèche retirée d’une mairie mais détourne le regard des migrants qui se noient en Méditerranée.

Le paradoxe est savoureux : ceux qui instrumentalisent le plus bruyamment le christianisme sont souvent ceux qui en appliquent le moins les préceptes. Jésus chassait les marchands du Temple ; ses héritiers auto-proclamés leur déroulent le tapis rouge.

Pendant ce temps, un pape argentin ose rappeler que « cette économie tue », que les murs sont une trahison de l’Évangile, que la richesse est un obstacle spirituel. Et pour cela, il est traité de « marxiste » par des commentateurs qui n’ont manifestement jamais ouvert une Bible ni lu Marx d’ailleurs.


La question n’est pas théologique, elle est politique : de quel côté se tient-on ? Du côté des Béatitudes ou du CAC 40 ? Du côté de ceux qui lavent les pieds des migrants ou de ceux qui financent les murs ?

Simone Weil l’avait diagnostiqué : il existe deux Églises sous un même toit. L’une fidèle au message de libération, l’autre au service des puissants. La seconde a les médias, l’argent, les réseaux. La première a juste l’Évangile.

Mais comme disait Jésus : « On reconnaît l’arbre à ses fruits. » Et les fruits de l’Église identitaire sentent le soufre et le portefeuille.

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