Vers un « Anthropo Coaching »

Oui, oui, je sais le mot sonne mal mais au moins il  ne sonne pas creux comme tous ces outils qui encombrent ma boite mail et vous promettent  de gérer, les émotions, le leadership, le stress, vos difficultés relationnelles en découpant l’homme en tranches, dans le sens de la longueur, de la largeur, en diagonale….  en 4 leçons et un séminaire !! Il ne faut pas s’étonner qu’il ne reste que de la bouillie!

Alors, ce mot je ne l’ai pas inventé mais je l’ai traduit de celui forgé pour la psychiatrie par le regretté Jacques Schotte. Car il n’ y a pas si longtemps les psychiatres pensaient, se posaient des questions sur la nature même de l’Humanitude (j’appelle ainsi ce qui fonde la spécificité de l’Être humain) . En effet la maladie mentale, par sa singularité, interpelle (pas le DSM manifestement!)  la conception que l’on se fait de l’homme, ce qui fonde son humanité. Et de la psychanalyse à la dasein analyse, il n’est question que de ça: de l’homme, de sa spécificité en tant qu’homme, de ses défaillances en tant qu’homme.

L’idée de Schotte était de ne pas jeter le système, un référentiel,  avec l’eau du bain des psychologies comportementales. Autrement, dit, comment construire un référentiel qui ne colmate pas, ne réduise pas, la spécificité de l’homme dans un système technique.

Comme les fractures d’un cristal révèlent sa structure, il a choisi de partir, suite à Maldiney, des défaillances de ce qui est spécifique à l’homme: de la folie, de la maladie mentale qui n’est justement pas une « maladie »!

Or  l’aveuglement contemporain ne connait que la gestion (cf. la mise au pas, par les gouvernements successifs, de la psychiatrie au profit du tout répressif), l’évaluation, la production, la marchandise (le capital humain, les ressources humaines!) et méconnait radicalement cette interrogation qui devrait être, pourtant,  au cœur de tous ceux qui pratiquent la relation d’aide et ,en particulier, des coachs:

Qu’est ce que cet homme capable de poser, comme je le fais là,  la question de son être et comment fonder une pratique à la hauteur de ses questions?

Le chemin est largement balisé par des philosophes comme Henri Maldiney, des psychiatres comme Tosquelles, Oury, Schotte qui tiennent contre vents et marées cette position « humaniste ». Je met  humaniste entre guillemets car  c’est un mot fourre tout, tellement galvaudé…Je renvoie à ce sujet à la lettre sur l’humanisme d’Heidegger qu’il faut avoir le courage de lire.

J’entreprends,  à partir d’aujourd’hui un long et difficile voyage balisé par des auteurs qui ne se lisent pas comme une bande dessinée car Dieu merci, l’homme n’est pas un héros de bande dessinée…comme il n’est pas une machine à traiter de l’information (PNL) ou un automate à état fini (AT, process com). Il est pur possibilité et absolue passibilité (pathique) et c’est cela qui fonde sa responsabilité. Tout ceux qui ont une véritable expérience clinique, dans toute sa richesse d’imprévisible, me comprennent.

Mon ambition est de prendre l’homme dans sa globalité.Il est chair, il est esprit, il est langage, il est raison, il est pulsion, il est désir mais surtout il est ouverture et mystère…Seule une clinique prenant en compte tous ces niveaux peut conduire à une pratique à la hauteur des enjeux de notre monde contemporain.

Entre parenthèse, il n’est pas anodin de voir que la BNF consacre une exposition à Guy Debord qui, bien avant beaucoup, et après Nietzsche et Heidegger, en a compris la nature profonde…et a toujours su mettre  en cohérence, jusque dans  sa mort, sa pensée et sa vie.

Je donne aujourd’hui la cartographie des auteurs susceptibles de nous éclairer mais je ne connais guère à ce jour que la clinique remarquable des Thérapies Analytiques et Corporelles, cette polyphonie développée depuis 40 ans par le Dr Dominique Byramjee, Médecin, psychiatre et psychanalyste…et coach pour tenir tout ces niveaux  ensemble dans une clinique qui continue de m’émerveiller!

 

Fonder l'anthropo-coaching

 

J’essaierai, dans un premier temps,  à partir du travail de Oury et Schotte, en particulier,   de montrer à petits pas, comment ces différents auteurs connus ou moins connus, injustement ignorés parfois (je pense au remarquable travail de Jean Gagnepain), dessinent, à leur niveau,  une esquisse multi dimensionnelle de l’homme.

Petit bout par petit bout, je parlerai de chacun de ces auteurs pour dire en quoi et comment ils éclairent, chacun à leur manière,  cette problématique, fondamentale dans un monde en déshérence , celle de l’humanité de l’homme…

Alors, bien sur, en filigrane, se pose le problème crucial:  Comment apprend-on? Il faut d’abord dire clairement, à la suite de Carl Rogers, qu’on ne peut rien apprendre à personne. Car on ne peut apprendre que si l’on est concerné. Cela veut dire que c’est à chacun, en fonction d’un niveau  de compréhension toujours à remettre en question, de chercher la réponse au problème qu’il se pose, je devrais dire qui s’impose à lui après abandon de ses masques, de ses bluffs.

La compréhension, au sens étymologique de prendre avec soi, c’est dans l’épreuve que l’on peut la rencontrer « Apprendre par l’épreuve » disaient déjà les grecs. Et c’est seulement à travers cette épreuve que  peut trouver à se fonder un désir de théorie.

Dans nos métiers, c’est d’abord dans le développement personnel et avec un tiers qui ne soit pas complaisant (tu me tiens, je te tiens par la barbichette!), thérapeute, superviseur compétent,  que l’on peut se mettre sérieusement à l’épreuve.

C’est bien là où le bat blesse: parce que peu de coach font l’expérience d’une thérapie sérieuse qu’ils se rabattent sur des pratiques, non questionnées,  particulièrement pauvres en sens,  entretenant ainsi le cercle vicieux du nihilisme contemporain.

Nous avons, pendant 7 années passionnantes,  tenter d’offrir aux futurs coachs une véritable ouverture à ce type d’enseignement lorsque nous avons crée le DESU Coaching à l’Université Paul Cézanne, d’Aix en Provence.

Pour ce qui est de la « documentation » (sic),  j’ai moi même cheminé en compagnie de deux livres fondamentaux. D’abord, « Penser l’homme et sa folie » d’Henri Maldiney qui devrait être, je le répète encore, le livre de chevet de tous les coachs, ensuite, le séminaire sur le Collectif que Jean Oury a tenu à Saint Anne. Ces deux ouvrages, pour des raisons différentes, sont ardus avec des aiguillages, des culs de sac, des voies rapides…Mais après l’effort, comme en montagne, on découvre des paysages vertigineux, somptueux…

Alors à vos piolets, non?

Je consacrerai le prochain article à Henri Maldiney, dont on vient de fêter les cent ans…

Lucien Lemaire

 Bibliographie  sommaire:

Billeter, J. F. (2014). Leçons sur Tchouang-Tseu. Allia.

Et dire que Tchouang Tseu parlait déjà de ceux qui veulent changer les autres sans changer eux mêmes

Hadot, P. (2014). Eloge de Socrate. Alia

On lira avec profit ce remarquable petit livre. Un bel exemple où la concision est au service de la pertinence. A lire pour tous ceux qui pensent que la maïeutique consiste à déverser l’eau tiède d’une bienveillance sirupeuse et poissarde. On voit se dessiner un Socrate un peu inquiétant et passablement chaman qui pousse la question au cœur de l’Etre et sait user des affres du transfert (évidemment, ce vocabulaire n’est pas d’époque !).

Lowen, A. (1979). La bio énergie. Sand.

Un passage obligé pour s’initier aux lectures du corps

Maldiney, H. (1993). Penser l’homme et sa folie. Jérôme Millon.

Fondamental : à conseiller aux coachs, apprentis thérapeutes, comportementalistes, pnl ,et autres « istes » de tous poils: un voyage exigeant au cœur de la réalité humaine L’approche phénoménologique plonge au cœur de l’Etre de l’Homme dont la pathologie est une modalité défaillante de l’Existence. En tout cas une œuvre qui a nourri beaucoup de thérapeutes de qualité (je pense en particulier à Jean Oury, Jacques Schotte, François Tosquelles..).

Oury, J. (2005). Le Collectif: Le Séminaire de Sainte-Anne. Champ Social éditions.

A lire par tous ceux qui veulent  faire du coaching d’équipe : Le collectif comme mis en question permanente du désir et de l’aliénation ou comment ne pas rester un « ça va de soi »

Oury, J. (2012). L’Aliénation : Séminaire de Sainte-Anne, 10e année. Galilée.

 On trouvera un développement et une bibliographie plus complète dans mon ouvrage:

3 réflexions sur “Vers un « Anthropo Coaching »

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