Le monde brule – Le karma et les ruines

𝐋𝐞 𝐩𝐹𝐧𝐝𝐞 đ›đ«đźÌ‚đ„đž 𝐞𝐭 𝐁𝐹𝐼𝐳𝐹𝐼 đ©đžđ«đŹđąđŹđ­đž

J’ai Ă©coutĂ© hier l’entretien de Nicolas Bouzou avec Charles PĂ©pin sur France Inter. MĂȘme aplomb, mĂȘme certitude radieuse, mĂȘme impermĂ©abilitĂ© au rĂ©el.

La technologie nous sauvera. La croissance nous sauvera. Les incendies ravagent le Sud ? ProblĂšme technique. Les sols meurent ? Rien qu’un peu d’agriculture de prĂ©cision ne puisse rĂ©soudre. M. Bouzou dĂ©roule son catĂ©chisme libĂ©ral avec la sĂ©rĂ©nitĂ© d’un homme qui n’a jamais mis les pieds dans un champ — ni dans le doute.

Il y a quelques annĂ©es, j’avais forgĂ© le mot de Bouzoumonde — un peu pour des raisons d’assonances. Gattazmonde ne fonctionnait pas. Mais il la mĂ©rite vraiment, cette reconnaissance. Car le Bouzoumonde, c’est exactement cela : un monde oĂč l’on prĂ©tend Ă©teindre l’incendie avec le bidon d’essence qui l’a allumĂ© — et oĂč l’on appelle cela du « progrĂšs ».

Saccager, produire, saccager, produire — sans jamais remettre en cause les hypothĂšses de dĂ©part. Ce que Daniel Cohen nommait l’addiction Ă  la croissance. C’est cela, la bĂȘtise : non pas le manque d’intelligence — M. Bouzou n’en manque pas, c’est pire. La bĂȘtise, c’est l’incapacitĂ© structurelle de mettre en question ses propres prĂ©jugĂ©s. Prescrire le poison en augmentant la dose, parce qu’on est incapable d’imaginer que le poison soit le problĂšme.

Le bouddhisme a un nom pour cette spirale : le karma. Un mouvement intentionnel nĂ© de l’ignorance (avidyā), qui laisse des traces (saáčƒskāra), lesquelles orientent les actes futurs
 dans la mĂȘme direction.

Plus d’intrants → sol mort → plus d’intrants. Plus de Bouzou sur les plateaux → plus de Bouzoumonde dans les tĂȘtes → plus de catastrophes → plus de Bouzou pour expliquer que la solution est dans la catastrophe suivante.

M. Bouzou croit penser. Il est pensĂ© — par un imaginaire dont il est le porte-voix et le symptĂŽme.

Mais la co-production conditionnelle a une face lumineuse : si tout est co-produit, rien n’est fixĂ©. La spirale peut s’inverser — Ă  condition de cesser de la pousser. Non pas « que faire ? » mais « de quoi se dĂ©faire ? »
La forĂȘt n’a pas besoin d’un plan de reforestation. Elle a besoin qu’on arrĂȘte de la couper.

Et nous n’avons pas besoin d’un nouveau Bouzou pour nous expliquer l’avenir. Nous avons besoin du silence oĂč l’avenir pourrait enfin nous surprendre.

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