En cette fin d’année 2015….

 « Accueillir l’événement : c’est s’advenir autre »

« L’existence est rare. Nous sommes constamment, mais nous n’existons que quelquefois, lorsqu’un véritable événement nous transforme.»

Henry Maldiney

L’année 2015 se termine. Elle aura vu le retour de la violence indifférenciée dans notre occident jusqu’ici préservé. Il prend la forme d’un retour barbare du refoulé.

S’il est important d’en comprendre toutes les dimensions, géopolitiques, économiques, stratégiques, politiques, sociales, psychiques voir psychiatriques, il serait tout à fait inconséquent de penser que le mal vient de l’autre. Il n’est que de pister quelques épisodes de terreur massive : le nazisme, le totalitarisme stalinien, le Chili, le Cambodge, les massacres de l’ex-Yougoslavie, le Rwanda….

Nul n’est épargné. Il faut se rendre à l’évidence : il y a, donc, quelque chose à comprendre dans la nature même de notre humanité.

Nietzsche, le prophète, nous avait déjà prévenu : le temps du nihilisme et, bientôt celui des « derniers hommes »* est arrivé. Heidegger, Marx, Debord nous donnent un cadre qui permette de le penser. Le fétichisme de la marchandise, le déploiement de la technique, le spectacle généralisé sont des paradigmes aptes à penser, au plus profond, la démission de l’homme, le retrait de l’Être.

Ce qui caractérise notre époque est non seulement « l’oubli de l’Être », mais « l’oubli de l’oubli de l’être »**. Le monde est vu comme un immense stock de marchandises dans lequel les hommes, aveugles aux dégâts qu’ils causent à la nature, aux autres, mais aussi à eux-même, peuvent indéfiniment puiser pour leur unique profit et le renforcement sans limite de leur ego.

C’est le règne de la marchandise. Tout s’échange, se monnaye, s’évalue au profit d’une utilité non questionnée. Qu’on ne s’y trompe! l’une des formes perverses qu’il prend, et l’on retrouve les derniers hommes de Nietzche, c’est la croyance aveugle que tout se gère sans effort, sans risques, dans le confort de l’ego: les émotions, les passions, le plaisir, la souffrance…

Les spiritualités sont dévoyées et utilisées pour le bien être et le profit. C’est ce que Chogyam Trungpa dans une formule saisissante proche de l’oxymore appelle le matérialisme spirituel.

La gestion des choses, la gestion des hommes, la gestion des hommes comme des choses envahit tout l’espace de la pensée dans un évitement massif à faire ce voyage douloureux, anti bluff, au fond de soi pour se regarder tel que l’on est.

L’explication, et souvent la plus affligeante, relayée massivement dans le nivellement par le bas des réseaux sociaux, substitue à une compréhension, toujours nécessairement en chantier, un renforcement narcissique qui rend impossible tout changement.

Alors faudra-t-il toucher le fond, comme le préconisent les alcooliques anonymes, pour qu’enfin un sursaut nous fasse prendre conscience de nos passions tristes qui nourrissent les ressentiments et les peurs qui sont le carburant de la haine?

Il est temps qu’enfin chacun se sente investi de la responsabilité de se mettre, en permanence, en question, réellement, profondément, intensément.

Cela ne peut pas être un exercice solitaire, car cela devient vite de la masturbation, mais à chacun de trouver le dispositif qui lui convient, thérapies qui ne soient pas du semblant, école spirituelle qui tienne la route, travail de la pensée….

Les massacres qui ont endeuillé notre pays cette année font événement. Ils constituent une occasion unique de remettre en question les ressorts qui nous animent comme des mécaniques folles  pour retrouver, dans le silence d’une vraie Parole, ce mystère si fragile de notre « humanitude ».

C’est pourquoi Je milite pour un coaching à la hauteur des enjeux du monde en déshérence dans lequel nous vivons et dont le regretté Castoriadis dénonçait le conformisme suicidaire dans « la montée de l’insignifiance ».

Ne nous faisons pas les vecteurs consentants sinon complaisants de théories pauvres en monde, de spiritualités de pacotille, d’outils leurrant et « narcissisant ». Nous avons un devoir de profondeur face à des managers qui construisent le monde d’aujourd’hui, engagent le monde de demain.

Chers amis lecteurs, chers amis coach, en cette nouvelle année, soyons courageux et ne devenons jamais des « ça va de soi » selon la jolie formule de Jean Oury.

Vous me pardonnerez cette année d’avoir été plus grave que d’habitude.

Œuvrons pour que l’année 2016 voit la fin des Ténébres.
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* Les derniers sont hommes sont ceux qui accomplissent « la bêtise », c’est à dire l’enfermement dans un monde technique qui ne se questionne plus autrement que dans la repetition autistique : « La bêtise c’est le masque, le spectacle, le comme si, le « moi je » (ah! le moi je!!!), le blufffff (non, ce n’est pas une faute d’orthographe!), ce bluffff que l’on dénonçait chaque seconde lorsque nous animions le DESU Coaching de l’Université Paul Cezanne et qui fait un retour odieux dans le discours tiède du totalitarisme mou managérial (Pierre Legendre), le spectaculaire diffus (Guy Debord).
La Bêtise, c’est parler, même savamment, pour ne rien dire, c’est dire pour paraitre. C’est coacher pour renforcer son ego. C’est entretenir son faux self toxique par peur d’ouvrir un vrai travail sur soi au risque de projeter sa propre boue sur ses clients. » (extraits de mon blog)** Heidegger

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