Courte introduction aux fondements et cadres théoriques de l’hippocoaching

Pourquoi faut-il des connaissances théoriques ?
Les théories sont des gardes fous qui obligent à se poser la question de ce que l’on observe, de ce qu’on comprend, de ce que l’on peut faire, de ce que l’on dit. Elles permettent de se prémunir  contre les interventions/interprétations  sauvages, les modèles réducteurs et mécanistes, les délires mystico « new age « ou autres qui deviennent des usines à fantasmes qui enchainent le coaché à ses illusions.
Toutes les théories ne se valent pas: elles sont plus ou moins riches et certaines enferment définitivement la pratique dans un carcan d’une grande pauvreté (les pyramides, les niveaux, les managers découpés en tranche dans le sens de la longueur, de la largeur…).
Il n’y a pas de fondement absolu : une théorie doit toujours être questionnée, voire dépassée.
Elle doit être choisie en fonction de son « objet » (autrement dit, il n’y a pas de théorie unique capable de rendre compte de tout, pas de métathéorie disait Lacan), de ce qu’elle permet de comprendre à neuf, d’expliquer…

Les fondements de l’hippocoaching :
Une conception de l’homme, l’homme en responsabilité, celle travaillée par la phénoménologie : Heidegger d’abord puis Henri Maldiney .

En résumé :

ce qui caractérise l’être humain, c’est sa capacité à accepter ce qui lui arrive (« l’amor fati »), à lui donner un sens qui ouvre de nouveaux horizons.

Henri Maldiney parle de « trans passibilité » et de « trans possibilité » et les fléchissements des difficultés psychiques se ramènent à des défaillances de ces deux « existentiaux »  (on appelle existential une dimension fondatrice de l’existence humaines).

Autrement dit l’essence de l’homme c’est d’être « passible » (on dit aussi pathique) : avant la perception, avant le concept, il y a la sensation. Cela se traduit par une tonalité d’être au monde, une atmosphère (ce qui ouvre à une autre dimension de la pathologie).

Maldiney écrit : l’objet est la mort de la chose. La chose c’est ce qui m’apparait dans l’étonnement du toujours nouveau (la vérité de la chose c’est son surgissement, la vérité comme Aletheia disaient les grecs):   que je la fige dans une représentation et je la dévitalise définitivement. Redonner de la couleur et de la saveur au monde ce n’est pas le moindre sous produit de l’hippocoaching! (pour une description de cela voir le chapitre sur le rythme dans mon livre « Hippocoaching, Le cheval coach, quand le corps parle », EMS, 2015)

Il parle d’évènement quand survient quelque chose qui dépasse toute attente et fait vaciller mon monde (« le réel c’est ce qu’on n’attendait pas… »). Une rencontre est un événement (c’est dire si nous ne rencontrons pas souvent). Seule la rencontre est trans-formatrice réparatrice.

Un leader est forcément un être humain avec l’entier  libre jeu de ses capacités fondamentales : il doit accepter ce qui arrive, le métaboliser en donnant du sens pour lui et pour les autres. « Il est configurateur de monde » (Heidegger).
En ce sens le cheval, dans son altérité, contribue à créer de l’inattendu qu’il va falloir prendre en compte : c’est au coaché, à travers ce dispositif singulier de l’hippocoaching, à construire un sens commun avec lui…et avec les participants.

Objectif de l’hippocoaching :

L’histoire de chaque individu se construit dans l’aventure d’une confrontation à la réalité qui peut être violente et douloureuse (réactivée souvent, et parfois violemment, dans les difficultés managériales) : lorsque l’environnement n’est pas sécurisant, pour s’isoler de la réalité et ne pas souffrir chacun se construit des masques (le faux self), ces masques qui ont une utilité ponctuelle pour l’économie psychique à ce moment-là, deviennent pour la suite du développement un rempart contre l’intensité de la vie, la spontanéité, la créativité.

Les difficultés managériales et les défauts de leadership renvoient, d’expérience, toujours à des faiblesses identitaires.

Le dispositif d’hippocoaching offre un cadre (espace transitionnel) sécurisé pour reprendre à neuf les expériences douloureuses et leur donner un sens positif compatible avec la reprise d’une individualisation riche.

Le(s) cadre(s) théorique(s) de l’hippocoaching :

Pour être efficace, le dispositif d’hippocoaching doit favoriser le re-jeu (re-jeu jamais à l’identique!) des expériences difficiles afin de leur trouver un nouveau sens plus positif ( justement il s’agit de donner du jeu) .

Winicott-dependance
– extrait du livre « hippocoaching » – reproduction interdite sans mon autorisation –

Cela se fait à travers une dynamique psychique que Winnicott appelle « la régression à la dépendance ». il s’agit de faire ressurgir les besoins de sécurité qui n’ont pas trouvé de répondant à l’époque de l’expérience initiale pour les remettre en scène par le « jeu » au sein d’un espace particulier (l’espace transitionnel) , espace favorisant une nouvelle maitrise des émotions négatives.

C’est pourquoi le dispositif d’hippocoaching que je mets en place s’appuie :

  • Sur les exercices équestres : car le cheval par la richesse fantasmatique qu’il active favorise le mode régressif et son dépassement (grâce à la triangulation animale – coaché- coach dans un espace matériellement sécurisé)
  • Sur un dispositif groupal, qui mobilise, par construction des émotions très archaïques : celles-là même à qui il s’agit de donner un sens afin de pouvoir les réintroduire dans le processus de pensée (je rappelle que le psychisme a une fonction de pare-excitation vis-à-vis de l’assaut des stimuli aussi bien externes qu’internes)

Ces champs ont été labourés par deux immenses psychanalystes:

percept-affect
Extrait du livre « Hippocoaching » – reproduction interdite sans mon autorisation –
  • W. Bion : le destin des émotions du proto mental à la mentalité groupale, du corps au psychisme d’abord, et dans l’instanciation, ici et maintenant, dans la dynamique d’un groupe.
  • D Winnicott : le développement de la capacité d’autonomie dans le développement de l’être humain (mère suffisamment bonne, espaces transitionnels, selfs et faux selfs, régression à la dépendance, sentiment d’unité corps esprit)

De plus dans leur champ propre, ces deux immenses cliniciens introduisent la corporeité comme dimension fondamentale des processus psychiques.

Au cours de la formation à l’hippocoaching, nous aurons à vivre, dans notre propre chair, les concepts mobilisés par ces théories et à en apercevoir la richesse : c’est cela et uniquement cela que l’on appelle comprendre !

 

Lucien Lemaire

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