Vérité et significations imaginaires sociales contemporaines  face à la crise COVID 19

L’hystérie autour de l’efficacité du protocole hydroxychoroquine/ azithromycine   pose de profondes questions éthiques, politiques mais aussi philosophiques.

Des  médecins, hospitaliers ou de ville,  généralistes ou spécialistes,  et non des moindres, témoignent,  de l’efficacité de ce traitement, certains à voix haute, d’autres  plus discrètement,  mieux, ils se l’administrent en toute discrétion lorsque ils sont eux même malades et refusent, parfois, d’intégrer la cohorte de la grande étude lancée afin de ne pas prendre le risque de recevoir un placebo!

Et pourtant la campagne de désinformation systématique et de dénigrement continue avec une virulence irrationnelle. Les études à charge se succèdent qui dévoilent quasiment toute des biais voire des falsifications importantes. Au point où l’acharnement à manipuler les études, les annonces triomphantes sur la grande toxicité de ce médicament en dépit du simple  bon sens,  deviendrait presque une démonstration par l’absurde de son efficacité. Ceux qui reprochent au professeur son manque de rigueur méthodologique sont les premiers falsificateurs.

Cela devrait faire l’objet d’une réflexion approfondie de la part des scientifiques de bonne volonté que l’on croit ou ne ne croit pas  a ce traitement.

Alors, certes, la situation est complexe. Il se joue à la fois des chocs d’ego, des incompatibilités culturelles (médecine opérationnelle/recherche fondamentale) , des trajectoires scientifiques  différentes à des époques différentes  (HIV à évolution lente versus virus type  COVID 19  à effet explosif), des influences de la part des lobbys (8 des membres du comité scientifique travaillent, d’une manière qui n’est pas anecdotique, pour des laboratoire engagés dans la course au traitement) , des instrumentalisations politiques (le comité scientifique joue le rôle de cache misère des difficultés de gestion de l’épidémie)…

Mais j’y vois aussi une autre dimension plus fondamentale, plus profonde : la conséquence du  rapport spécifique de notre société contemporaine, à la vérité.

En effet, notre époque se caractérise par le règne de la « Technique » pour reprendre la dénomination Heideggérienne. Il faut entendre, ici, par technique, non pas la technologie, l’électricité, les hôpitaux… mais une manière de concevoir le monde comme stock de ressources à disposition de la volonté de maîtrise des hommes dans l’horizon du tout calculable.

La vérité est un concept historial en rapport avec l’histoire de l’Être, c’est à dire, l’histoire de la métaphysique:

  • La vérité est d’abord dévoilement chez les grecs. La philosophie se vit alors sur le signe de l’étonnement (un peu comme l’insight psychanalytique – ça fait sens)
  • puis, après avoir été l’ordre de la révélation divine,  elle devient adéquation de l’idée à la chose
  • certitude avec Descartes avec la démarche du doute méthodologique
  • Calculabilité dans le monde contemporain (voir le paragraphe précèdent): la philosophie se fait logique du signifiant évacuant ce qui reste de voilé dans le réel.
  • Opportunité dans le paradigme trumpien, c’est le règne des faits alternatifs, la tragi comédie des masques en France en est un exemple: c’est la mort de la  philosophie et le nihilisme négatif porté à son comble: tout devient opinion et toutes les opinions se valent.. Il ne reste plus qu’à s’étriper sur internet pour imposes son opinion/vérité.

Même si nous vivons désormais avec le monde de Trump (mais qui est aussi celui d’Emmanuel Macron, d’Erdogan, de Poutine, de Boris Johnson.,) qui marque l’entrée dans un nouveau paradigme où la vérité est jetable et construite selon les besoins, nous sommes encore dans le monde abstrait des processus formels, de la calculabilité, des procédures.

Est vrai ce qui peut être calculable et calculé, dérivé d’un processus formel.

Ce rapport spécifique à la vérité contraint nos représentations sociales et  légitime  nos institutions.

Les représentations qui les  fondent  trouvent à se regrouper en quelques items :

  • L’économie de marché comme référence absolue (l’échange de marchandises règle la marche du monde y compris dans les affaires humaines)
  • La rationalité, l’efficacité économique, la rentabilité comme seul objectif. L’art, par exemple,; ne s’évalue plus par sa capacité à ouvrir un monde mais à son prix sur le marché de l’art)
  • La domination culturelle totalitaire de la science et de la technique: le délire de l’irruption des neuro sciences dans la conduite des affaires humaines en est une caricature: vous n’êtes plus transporté par l’amour, vous secrétez de la dopamine!
  • L’omniprésence de la gestion et la réification récupératrice de tout ce qui est proprement humain. Je n’en finirais plus de lister les outillages qui permettent de gérer vos émotions, vos comportements, vos relations. L’hypostase de la communication, malgré les travaux sur le langage de Wittgenstein, et au détriment du monde commun de la relation, en est un symptôme  massif….
  • Le déploiement bureaucratique des processus et des procédures qui les accompagnent.(prédominance des méthodes sur la réalité, des algorithmes sur le bon sens…)

Tout cela dessine un système de valeur qui dévitalise l’imaginaire instituant, disqualifie la créativité et les créateurs, les aventuriers et les francs tireurs,  au profit d’une vision définitivement technologique du monde. Deux stratégies:  d’un coté les états majors en place, sures de leur pouvoir,  et  le repli sur la ligne Maginot, de l’autre les aventuriers et les corps francs, la vie, l’imagination, le plaisir de la pensée et de l’action …et au milieu les complaisants qui s’offrent a minima une vertu en s’offrant aux plus influents pour conspuer les marginaux.

Ainsi se déploie le monde des derniers hommes (Nietzsche) qui se caractérise par

  • La précarisation structurelle
  • Les tactiques d’influence et de pouvoir qui prennent le pas sur la vision
  • Le calculable qui devient l’unique critère de vérité
  • Les technologies de l’information qui substituent à la pensée la pluralité des opinions : dans le monde des réseaux sociaux, tout se vaut. Déployant ce nihilisme négatif que dénonce Nietzsche.
  • L’empire du management qui organise ce  nivellement au profit de l’idée folle d’un  marché parfait…et des profits à venir.

Pour ce qui nous occupe dans ce billet, le combat oppose les tenants d’un conformisme méthodologique, dont  la dimension idéologique apparaît dans ce qu’il ne peut être interrogé et qu’il sert, parfois,  a légitimer les pires manipulations, et ceux qui veulent tenir compte du terrain et adapter leur stratégie aux exigences et urgences de la situation, à la nouveauté des questions qui se posent.

L’articulation soigneuse du soin et de la recherche, de la clinique et de la méthode qui devraient être, dans notre contexte de guerre,  au service de l’expérience  clinique,  a été délibérément omise au profit, si j’ose dire, du développement malsain d’un rempart mortifère.

La violence et l’hystérie du débat témoignent des soubresauts  d’un changement de paradigme en marche annonçant, tout au moins  je l’espère, une autre étape de l’histoire de l’être qui remette l’Autre au cœur de l’éthique, en particulier de l’éthique du soin.

Lucien Lemaire

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