Questionner les pratiques d'accompagnement dans toutes leurs dimensions: anthropologiques, philosophiques, épistémologiques, idéologiques…et humoristiques
Un constat, hélas! Aujourd’hui, toute prise de position est disqualifiée avant d’être examinée. On ne la discute pas, on la déforme, on l’interprète, et on l’interprète jusqu’à la caricature sans égard pour ce qui est réellement écrit, sans prise en compte même du contexte ni à quoi il répond.
Comprendre n’est plus une exigence éthique. L’enjeu est devenu la jouissance de détruire ce qui ne conforte pas nos opinions.
Ce n’est pas qu’une question d’un simple contamination pas une humeur momentanée. C’est une manière de penser, ou plutôt de ne pas penser, qui s’est imposée.
Un problème se résout : une fuite d’eau, on la répare. Un dilemme, lui, se traverse : garder un parent âgé chez soi ou le confier à un établissement, aucune option ne « gagne », chacune sacrifie quelque chose de juste.
Or le débat public ne sait plus accueillir les dilemmes. Il les instrumentalise en les réduisant à une opposition caricaturale, pauvre en monde . Chaque position devient une forteresse à défendre. Le conflit fécond que chacun devrait porter en soi (je veux la planète et la justice) est projeté sur l’autre : eux contre nous.
Dès lors, les mots ne signifient plus, ils déclenchent. « Woke », « facho », « assisté » fonctionnent comme la clochette de Pavlov : on réagit avant d’avoir pensé.
Dans l’article, j’évoque Pierre Conesa (La Fabrication de l’ennemi) et sur Wilfred Bion pour montrer comment un groupe incapable d’agir en adulte cesse de penser et se soude autour d’un ennemi.
Je propose aussi une autre logique, celle des dilemmes, que la théorie des topos (Grothendieck) aide à éclairer.
Alors, je plaide pour des dispositifs favorisant la conflictualité positive, le dialogue , l’échange qui ont fait leurs preuves, comme la disputatio médiévale, où l’on doit défendre d’abord la thèse adverse avant d’y répondre.
L’enjeu n’est pas de savoir qui a raison. C’est de reconstruire les lieux où l’on peut découvrir qu’on posait, chacun à sa manière, la même question.