L’éthique quoiqu’il en coute

Lucien Lemaire

« celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience René Char

Je propose aujourd’hui un texte difficile mais, hélas d’une brulante actualité d’une actualité lourde du meurtre odieux d’une jeune fille qui se double  d’une escalade abjecte de l’instrumentalisation et de la récupération politique.

La question qui se pose est une question éthique, c’est-à-dire une question qui met en jeu notre humanité même,  celle des responsabilités et pas seulement celle des autres la mienne en propre aussi.

En quoi suis-je responsable de la responsabilité des bourreaux.?

C’est une question, scandaleuse pour beaucoup sans doute, en tout cas elle le fut pour Paul Ricoeur, qu’ose développer Emmanuel Levinas.

Le texte ci-dessous est passionnant car il montre le dialogue particulièrement riche que Levinas a toujours entretenu avec la pensée Heideggérienne, quoiqu’il en coute, et qui nous concerne aujourd’hui au premier chef.

Si l’on veut renoncer à éructer et tenter de penser l’abject bien sur!

Il est courant d’affirmer, chez ceux que ne connaissent Heidegger que par oui dire,  l’absence de pensée éthique chez lui alors même que le souci et la sollicitude sont au cœur de l’existentialité du Da Sein (l’être en responsabilité de lui-même en première approximation).

Heidegger et René Char au Thor

Au cœur du soucis, la sollicitude qui est cet appel fondamental de « l’être avec autrui ». Chez Heidegger la sollicitude authentique qui n’est justement pas celle où je me substitue à autrui mais celle où je rends sa responsabilité à l’autre.

Chez lui, la substitution est la négation de la position éthique.

Chez Levinas, le visage, comme expression de l’extrême vulnérabilité de l’autre, qui m’appelle et m’enjoins à prendre soin de lui, est premier, fondement de notre humanité et au cœur de la question du sens.

Dans son concept tardif de substitution, Levinas fait un saut qualitatif dérangeant car il nous rend responsable de la responsabilité des bourreaux. Sans doute cela n’a-t-il de sens que sur un fond collectif qui s’appuie sur une transcendance : justement ce qui est forclos dans le nihilisme contemporain.

La question qui se pose concrètement ici est: comment suis-je  responsable de la responsabilité de ce meurtre? qu’est ce qui défaille au point de permettre l’émergence de tels scandales?, quel type de société mettons nous en place qui renonce à prendre soin des plus fragiles les renvoyant à la marginalisation jusqu’au  naufrage : saccage des systèmes de solidarité, de soin, d’accueil, de prise en charge sanitaire et psychiatrique?…La question des ghettos à crack en est un symptôme massif et destructeur.

Finalement c’est à cela que nous invite à réfléchir Levinas, bien au-delà de la responsabilité individuelle du Da Sein.

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